fleche

RÉSUMÉ


« DMZ Crossing », livre descriptif et informatif de Suk-Young Kim sur les divers genres liés au passage de la frontière inter-coréenne, raconte l'histoire tragique et paradoxale de la zone démilitarisée (DMZ) à travers les actes performatifs des frontaliers, réels ou fictifs, dans le Sud et dans le Nord. En examinant le passage des frontières à travers les études de performance, en expliquant la performativité liée au traumatisme de la guerre de Corée et de la division, et en mesurant la nature ironique du tourisme mémoriel et commercial dérivé de la DMZ, l'auteur considère les politiques idéologiques et les contradictions culturelles entourant la frontière, le passage des frontières et les frontières elles-mêmes. Offrant un aperçu clair de la division depuis les années 1950, elle présente des pièces de théâtre, des films, des films documentaires et des expositions de musées; elle présente la DMZ dans le contexte des controverses persistantes associées à la guerre froide; et, en fin de compte, elle fait appel à un vaste lectorat, son approche du franchissement des frontières étant «un acte performatif à grands enjeux avec des conséquences» (page 7). Interprétant la zone démilitarisée comme une scène active, chaque chapitre détaille deux études de cas pertinentes: l'une au Sud et l'autre au Nord.

Les deux premiers chapitres se concentrent sur les genres fictionnels, les pièces de théâtre et les films, et reflétent les premières notions de la division et du passage des frontières dans chaque état à travers des histoires sur des familles séparées qui désirent se réunir.

Le chapitre 1 examine deux pièces de 1958: « Yu Chi-jin’s Thus Flows the Han River » (au sud) et « Sin Go-song’s Ten Years » (au nord). Les deux pièces dramatisent les conflits tragiques entre les membres d’une famille (ou les membres potentiels d’une famille) initiés par le passage de la frontière pendant la guerre de Corée. Dans son traitement de la pièce de Yu, par exemple, l'auteur se concentre sur les personnages féminins avec des familles séparées (comme Huisuk, Jeongae et Cléopâtre) et souligne le désespoir de l'unification physique et psychologique, mis en évidence par la fin tragique des jeunes amants, Cheol et Huisuk. Soulignant l'impossibilité du regroupement familial, elle conclut que les deux pièces, suivant l'idéologie de chaque État dans le cadre plus large de la politique internationale de la guerre froide, «alertent les citoyens sur les dangers de la traversée libre» (p.18).

Le chapitre 2 compare et oppose le film sud-coréen « La DMZ » (1965) et le film nord-coréen « Les destins de Geumhui et Eunhui » (1975), qui illustrent la séparation tragique des frères et sœurs pendant la guerre de Corée. Le premier film raconte l'histoire d'un garçon et d'une fille qui, en train de chercher leurs mères respectives, deviennent comme frère et sœur, expérimentent à la fois la séparation et l'unification de la DMZ et échouent tragiquement à s'en échapper. Le second film évoque des sœurs jumelles séparées durant leur enfance et qui vivent des expériences antithétiques au Nord (vie d'abondance) et au Sud (vie de misère). L'auteur affirme que, malgré le sujet similaire des frères et soeurs séparés, la description négative et hostile de la partie adverse reflète la réglementation politique de chaque État de la relation inter-coréenne dans les années 1960 et 1970.

Les deux chapitres suivants analysent deux films documentaires et des expositions qui reflètent des personnes et des événements historiques.

Le chapitre 3 présente des histoires de frontaliers politiques de chaque côté de la frontière. Des films documentaires retracent leurs doubles passages frontaliers, l'accès à ces personnes étant directement difficile. Le documentaire d'Etat nord-coréen « Louanges à Lim Su-kyung, la fleur de l'unification » (1989) suit chaque étape de la courte visite illégale en Corée du sud de Lim Su-kyung au Festival mondial de la jeunesse et des étudiants en 1989, et la loue de son héroïque martyr en faveur de l'unification. De l’autre côté, le documentaire indépendant sud-coréen « Rapatriation » (2003) suit un groupe d'espions nord-coréens emprisonnés en Corée du Sud. À travers leurs routines quotidiennes, leurs relations austères avec les Sud-Coréens, leur demande incessante de rapatriement dans le Nord, l'auteur affirme que la force de la parenté ne peut être rompue, même par l'État.

Le chapitre 4 examine les expositions des musées d'État des deux côtés, en mettant l'accent sur la façon dont elles représentent la guerre de Corée, l'histoire de la division, démontrant ainsi le sentiment de supériorité des État respectifs.

Finalement, l'auteur montre comment chaque côté représente l'histoire de la DMZ, en recréant une image en contre-point pour servir la sienne...

RESEARCH GATE / DOI: 10.1353/atj.2016.0007

KIM Jae Kyoung, janvier 2016